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POP PORN CULTURE

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pop porn

- Je faisais partie de ces insatiables, ceux que l’on trouve toujours assis tout près de l’écran.

- Pourquoi on s’asseyait si près ?

- Peut être parce que l’on voulait recevoir les images avant tout le monde, quand elles étaient encore neuves, encore fraîches, avant qu’elles ne franchissent les premiers rangs derrière nous. Avant qu’elles passent de rang en rang, de spectateur en spectateur, jusqu’à ce que, usées par d’autres yeux, réduites à la taille d’un timbre poste, elles retournent dans la cabine du projectionniste. Peut être aussi parce que l’écran était un vrai écran, il nous protégeait… du monde.


 Extrait du film : Innocents: The Dreamers de Bertolucci

 

Sujet : Education aux médias numériques et à l’image                           Temps de lecture : 4 minutes

 

 

Oui : encore un sujet sur la « porno culture », celle-là même qu’on a doucement inoculée dans la littérature, la photographie, le cinéma, la BD, la mode, la publicité, la télévision et autres détours de l’industrie dites de la pop culture.

 En moins de 10 ans, nous avons eu à disposition plus de 1,3 millions d’années de vidéos pornos, distribués en grande majorité par les sites de streaming. J’en ai des crampes à la main rien que d’y penser.

 Au cours de mes nombreuses interventions auprès d’élèves de collège, j’ai pu me rendre compte que l’âge d’accès aux images pornographiques de façon volontaire est descendu à 11 ans.

Je vous voir venir, parents et autres éducateurs, argumenter fièrement que chez vous « il y a un contrôle parental » ou encore que vous « vérifiez l’historique». D’ailleurs, ce dernier est vraiment flippant !

 

Sauf qu’avec la démocratisation du Smartphone votre enfant sage et mignon se verra proposé par les copains et copines un panel de vidéos et images à l’abri de l’œil de papa et maman « Sauron». D’ailleurs je ne porte aucun jugement à la démarche, elle est vielle comme le monde, depuis toujours il y a une forme de rite initiatique entre jeunes autour de la découverte de la sexualité.Et internet a prit une place plus importante que nos standards institutionnels (Église, armée, école, famille, etc.).. Naviguer anonymement permet, par exemple, d’expérimenter des identités alternatives en ligne. C’est le cas notamment, pour les jeunes qui ont des orientations sexuelles ou des pratiques sexuelles minoritaires et inexprimable pour la famille et les ami-es.

Mais il est urgent de donner des clés pour décoder cette masse d’images : bienvenu dans la consommation et consumation du corps cartoonesque, aux normes étalées sur Instagram, dans toutes ses déclinaisons ! Nous voici dans un exhibitionnisme intégral où la chair, où le sexe sont partout et nulle part.

 

Marketing du corps

 Le marché de la beauté et les réseaux sociaux numériques tels que Tik Tok ou Instagram et la télé réalité se font le relais de cette nouvelle servitude volontaire.

 Dans l’étude parue en 2012 co-écrite avec Sophia Idayassine, nous abordions déjà la façon dont la porn culture influençait l’image du corps et des parties intimes des jeunes sondés.

De l’épilation intégrale en passant par une hygiène exacerbée, il y a tant de manifestations de l’influence de la porn culture et notamment de sa capacité à imposer ses représentations du corps que, lentement, une masse de complexes se sont construites.

 Nous abordions la notion de mise en scène de soi sur les différents réseaux sociaux et plus particulièrement cette nouvelle forme de capitalisation de leur corps, voire d’un marketing.

Des produits consommant des produits !

 Plus encore aujourd’hui, 8 ans après, les diktats exigent d’avoir un corps hors du commun et un bon capital érotique. Autant d’éléments qui viennent polluer nos imaginaires.

 De l’hyper-sexualisation des enfants de Tik Tok aux prédations sexuelles des hommes dans Azar en passant par Snapchat, ce petit fantôme qui définit la quintessence de nos fantasmes et temple des nudes ou des « Diks Pics », chaque réseau social numérique a son lot de cartographies sexuelles avec un potentiel érotique volcanique.

 Le souci n’est pas le porno en lui-même mais comment on nous le vend sous couvert de discours de liberté ; une liberté qui, à mon avis, est devenue une nouvelle prison.

Pour ma part, ce marchandising n’a fait qu’accentuer les inégalités et la hiérarchie de genres.D’ailleurs, cette hyper-sexualisation des femmes n’est-elle pas la recette marketing favorite des publicitaires depuis des lustres ? Une tendance qui ne fait pas avancer la lutte des femmes pour se réapproprier leur corps.

 Quand j’aborde ce sujet, je ne vois de la part des traditionnels censeurs que des postures morales, des messages décalés et aucune envie de se retrousser les manches pour faire le distinguo entre les codes et le porno lui-même, comme si tout ceci était la même chose.

Pire encore : un fossé se creuse entre les défenseurs des femmes selon lesquels « Le porno est avilissant pour l’image de la femme » (mais évidemment pas pour celle de l’homme) et les adeptes du « C’est bon, il faut juste dire aux jeunes que c’est du spectacle ».

 

On ne pourra pas éviter la sexualité spectacle, mais peut-on au moins lui jeter un regard critique ?

 Il existe différentes formes de porn culture et il est temps d’en comprendre les rouages, de connaître ses moyens de diffusions, de la décoder et d’en évaluer l’impact en lien avec notre rapport aux corps et le rapport à l’autre.Il s’agit bien de mettre des balises et non de règles prescriptives . Des petites bouées qui seront à considérer comme des points d’attention lors des échanges.

 

Pourquoi, me direz-vous ?

Parce que c’est notre rôle de faire en sorte que ces jeunes ne soient pas affectés dans leur construction identitaire, même si pour une bonne partie c’est déjà trop tard ! Trop tard parce que certains ou plutôt certaines se sont déjà faites « stalkées », « screenshotées » par des pseudo-crushs qui montreront aux autres mâles qu’ils sont des « hommes, eux ! »

 Parce que la démocratisation du porno et de son escalade de contenu amène les personnes d’abord à se dire « qu’elles ont vu ce qu’elles voulaient voir », puis à se demander ce que sera le « prochain level ». Que restera t-il demain à montrer pour encore surprendre ?

Je tiens là un sujet pour le BAC 2020 : «  Est-ce la pornographie qui influence nos fantasmes ? Ou bien nos fantasmes qui influencent l’offre pornographique ? » Vous avez 2 heures douche comprise !

 Des enfants imitant les adultes et des adultes se comportant comme des adolescents. De l’infantilisation des adultes à l’érotisation des jeunes.

 Le nombre de témoignages de filles de 13 à 25 ans affirmant qu’elles reçoivent des Dick Pics sans jamais l’avoir demandé… Les campagnes autour du consentement n’ont pas l’air de vraiment impacter nos phallus dominants!

 Selon moi, comme bien souvent, le problème est ailleurs, comme en témoigne juste cet exemple : le peu de mecs qui me disent avoir déjà fait une Dick Pic me font surtout le retour que la fille avait au préalable posté ou envoyé sur sa story des photos d’elle légèrement dénudée ou avec des pauses subjectives.

Il est donc hélas nécessaire de rappeler qu’une femme peut poster une photo d’elle à moitié à poil sur un réseau social numérique sans attendre quoi que ce soit : c’est son corps, son choix. Mais même là, tout le monde n’a pas la même vision !

Le discours, la méthodologie et les outils utilisés doivent s’adapter aux publics rencontrés (âge,ressources, besoins, culture, handicap…). L’objectif n’est pas d’imposer a priori un discours prude” ou “décomplexé”, mais de tenir compte des différentes sensibilités des jeunes et de partir de leurs préoccupations et représentations.

Une «  porn culture » éthique ?

 Dans un communiqué de presse courant novembre 2019, le président Macron accordait 6 mois aux opérateurs pour installer un contrôle parental par défaut.Le gouvernement veut légiférer sur le porno ? Peine perdue, puisque la plupart des films sont tournés aux Etats Unis et les plateformes majoritairement hébergées offshore. On peut éventuellement s’attaquer aux opérateurs téléphoniques et exiger d’eux la fermeture des sections qui leur rapportent un fric monstre! Pas sûr que la requête soit de grande portée.

 Ici encore, la solution est ailleurs.

 Relativement aux films dits « à caractère pornographique », il faut se pencher sur les contenus : la culture du viol, le droit à l’image, les conditions de travail des acteurs et actrices du porno. Bref, une éthique pour le porno ! Un monde fait de petits producteurs, de petits artisans contre une ubérisation du travail et un capitalisme sauvage.

Laisser la place à des productions où les acteurs et les actrices ne sont pas des objets mais des sujets et où le plaisir éprouvé serait toujours mutuel.

 Je vois bien que mon propos est quelque peu naïf et utopique voire choquant pour les plus puritains… Plus concrètement, il est évident que nous ne voulons pas contrôler chez les jeunes la découverte de leur vie sexuelle ni autre construction sociale numérique, mais l’idée est de désacraliser le porno et les images dites « à caractère pornographiques » circulant sur les réseaux et faire en sorte de les contextualiser comme un genre fictionnel.

Donnons des clés de compréhension à ces futurs adultes !

 Je rêve de cours en fin de collège ou au lycée dans lesquels on explique la différence entre nudité, érotisme, pornographie et obscénité. L’art, le cinéma, la littérature sont d’excellents supports.

 Il faut développer le sens critique face à cette vague de la porn culture. Apporter des éléments sur l’éducation amoureuse et sexuelle, de la discussion, de la conscientisation, de la perspicacité.

Je le rappelle : les enfants ne sont ni des pervers ni des obsédés sexuels, ils piochent tout simplement dans des modèles que l’époque propose.

Je croise de nombreux jeunes sur les réseaux sociaux et dans les classes, je vois bien que leur idéal en réalité n’est pas que le sexe mais l’amour, un amour devenu tabou par une génération d’adultes blasés par leurs propres échecs et qui ont du mal a parler d’avenir.

 

 

Merci à Christel Monnerie pour la relecture avisée.

 

Auteur : Pierre Khattou

Consultant et formateur spécialisé dans les domaines de l’éducation et de la culture numérique

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