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Progrès social 4.0

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progres social 4.0

 

Sujet : Numérique et éducation                             Temps de lecture : 3min 30

 

Le numérique est-il une chance pour le monde de l’animation et pour le travailleur social ?

 

Oui ! Sans aucun doute, mais à condition de savoir s’y prendre.

Qu’on le veuille ou non cette révolution a bouleversé le contexte du champ du social. Elle a fait émerger de nouvelles questions citoyennes et politiques, mais elle oblige également à repenser notre façon de travailler (Accueil de nos publics, contenus de nos animations, création d’outils de prévention et de sensibilisation…).

 

Il est évident qu’il faut maintenant sortir le numérique du cercle des initiés et cela est d’autant plus

évident que nous sommes acteurs de l’introduction du numérique dans l’éducation et dans le champ des loisirs.

Mais le débat sur le numérique est trop souvent capté par les seuls techniciens et autres experts (généralement du marketing Digital).

 

Nous autres acteurs sociaux sommes souvent relégués à aborder le côté anxiogène de cette révolution.
Le nombre d’opérations Journée sans écran, Débat : Les dangers d’Internet etc pullulent souvent par envie de faire bouger les choses, mais nous méritons mieux que ça.

Il faut voir le numérique non pas comme un simple instrument technologique de plus, mais comme un phénomène entièrement nouveau.

 

Le numérique paraît être un moyen pour avancer, plus adapté au savoir-faire d’aujourd’hui et plus ouvert à l’intelligence collective.

Ne rentrons pas dans une gadgétisation de la pratique, le numérique ne mérite pas d’être simplement survolé par des petits événements ponctuels sans grand impact, il y a temps de choses à faire !

 

Pour comprendre les interactions entre le numérique, l’animation et le champ du social, il est essentiel d’adopter le point de vue le plus large possible et d’aborder tous les aspects : théoriques, pratiques, matériels et humains.

Bien évidemment une grande partie des acteurs de la communauté éducative utilisent d’ores et déjà le numérique mais la véritable question est : Comment trouver notre place ?

Mon premier constat, au bout de 11 années d’observation, est qu’il y a un usage plus pauvre dans nos structures éducatives et/ou d’animation qu’au domicile de notre public.

Je ne vous parle même pas du retard que l’école a malheureusement accumulé… Il y a tout de même de braves initiatives çà et là… Je n’ai pas envie de me griller avec l’Éducation Nationale, je ne suis pas super courageux !

 

Mais revenons à notre pratique d’animateur et de travailleur social.

Il ne fait aucun doute aujourd’hui que le numérique permet au monde de l’animation d’être en lien direct avec les usagers. Le numérique a pénétré la partie du travail de l’animateur/travailleur social lui permettant d’être plus efficace sur un bon nombre de tâches comme la gestion, la communication, la valorisation et la visibilité de ses actions.

J’observe ici et là des actions autour de nouveaux concepts : par exemple la notion d’accueil dématérialisé, la communication et la prévention via les réseaux sociaux (Les promeneurs du Net), des chantiers jeunes, des TLPJ autour du numérique, des journées d’action, des tiers lieux hybrides entre médialab et Fablab, des diagnostics autour de la fracture numérique…

 

 

Crise de l’éducation ?

 

Il existe dans le champ du social, de l’animation et de l’éducation, trois niveaux de crise :

  • des mécanismes de transmission : valeurs éducatives, engagements
  • du statut des transmetteurs : leur légitimité, leur formation
  • du contenu : adapté, attractif

 

Nous sommes dans un contexte d’économie mondialisée qui connaît des développements technologiques rapides, une forte concurrence où compétitivité et croissance économique dépendent en grande partie de ce que l’on appelle l’économie des savoirs et de la connaissance.

 

Il nous faut prendre à bras le corps cet outil et en faire un chantier prioritaire et le placer au cœur des stratégies éducatives. Pour cela les politiques socioculturelles doivent trouver de nouvelles sources de revenus pour un service public numérique éducatif faute de financement spécifique.

 

Le niveau de qualité du service numérique dans les espaces jeunes, CLAE, Centre Sociaux…. est loin d’atteindre celui qu’offre le secteur privé.

Il faut investir comme nous l’avons fait pour les infrastructures culturelles et sportives depuis 30 ans. Nos actions doivent s’inscrire sur le long terme.

Mais pour cela, il faut entendre tous le monde car le premier piège est d’opposer les anti et les idéalistes.

La position des uns est de ne pas reconnaître du tout le potentiel pédagogique de la technologie dans nos pratiques et de l’accuser d’être à l’origine de problèmes tandis que celle des autres est de voir dans le numérique un changement profond dans le rapport à l’animation et au travail social et que « le salut » viendra de son lot d’algorithmes, de codage et d’outils hyper-connectés.

 

Le second piège généré par la spécificité du numérique est de céder au diktat de l’immédiateté souvent généré par la rapide évolution technologique ; ne pas confondre pertinence et innovation, vitesse et précipitation qui nous oblige souvent à subir plutôt que choisir.

 

Par ailleurs pour fédérer il faut clairement dire quelles sont nos limites éthiques, notre avancé et nos besoinset savoir où l’on veut aller et partager.

Surtout avec ceux qui sont sur le terrain.

 Cette démarche doit être accompagnée d’une feuille de route fixant des étapes intermédiaires concrètes et atteignables.

 La maturité de notre projet éducatif numérique doit être construit de façon homogène sur les territoires, c’est à dire en respectant les principes d’égalité.

 

De fracture en fracture 

 

J’observe encore trop de différences d’un territoire à l’autre (rural/urbain, homme/femme, travailleurs pauvres/CS+…) et paradoxalement personne ne remet en question le fait que ce sont les politiques publiques qui doivent agir sur l’accès au monde du numérique pour tous par des mécanismes d’équilibres et compensatoires.

Dans le cas contraire, le fossé numérique viendra s’ajouter aux milles feuilles des profondes inégalités économiques et sociales déjà existantes.

 Il n’y a à ce jour aucun inventaire précis qui identifie les modèles éducatifs et d’animation les plus efficaces pour optimiser le potentiel de la technologie.

 Ainsi, il faut déterminer les pratiques pédagogiques qui marchent bien avec le numérique et définir dans quel cadre elles peuvent s’épanouir :

Quel environnement numérique : plate-forme, services, contenus ?

Quel environnement matériel : bâtiment, équipement ?

 

 Il est urgent pour le devenir d’un projet éducatif numérique que toutes les institutions, les communautés éducatives, les partenaires privés et aussi de nouvelles organisations qui restent à inventer construisent une démarche éducative qui dépasse l’éducation formelle, informelle et nos frileuses intentions.

 Nous avons loupé le coche du Web 1.0, nous avons été plus spectateur qu’acteur sur le Web 2.0, nous ne comprenons pas les enjeux du Web 3.0 (le web sémantique) et le Web 4.0 (Web intelligent) pose ses marques , il serait bien que nous ne restions pas au bord de la route face à cette révolution.

Michel Serres disait : Beaucoup de nos « intentions »… se trouvent comme ces étoiles dont nous recevons la lumière et dont les astrophysiciens nous disent qu’elles sont mortes depuis longtemps1.

 

 Khattou Pierre

 

 

Contribution : Christel Monnerie

 

1Phrase de Michel Serres détournée pour l’article.

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